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Chant du harpiste aveugle

Chant du harpiste aveugle

Le texte ci-dessous est connu sous le nom de Chant du harpiste aveugle et relève de littérature funéraire de l’Egypte ancienne. Il est rattaché à la cour d’un des rois Antef (XIᵉ dynastie).

Il s’agit ici de la traduction de traduction de Pierre Gilbert, publiée en 1949 dans La Poésie égyptienne.

Cette traduction est selon les spécialistes du domaine une traduction interprétative. A l’instar des traductions du Cad Goddeu proposées sur ce site. N’étant qualifié ni en Galois médiéval ou en égyptien antique nous proposons ces textes traduits en français.

Toutefois il est assez saisissant d’observer le parallèle entre le chant du harpiste et le livre du Qohèleth connu en français comme l’ecclésiaste.

L’ecclésiaste comme le chant du harpiste aveugle se distinguent comme des exceptions à la fois dans la société Egyptienne et dans les sources vétéro-testamentaires.

Ces deux textes se distinguent par leur lucidité, leur désenchantement et leur constat de l’effacement universel  Ils revêtent l’un comme l’autre une saisissante modernité en parfaite opposition au retour actuel visant à imposer une lecture strictement littérale des textes. Il nous a semblé salutaire de souligner que les interrogations métaphysiques ne sont en rien un effet de la modernité mais qu’elles sont aussi anciennes voire plus que les textes des religions monothéiste. Nous consacrerons dans l’avenir plus long exposé à ce sujet.

Des corps sont en marche ; d’autres entrent dans l’immortalité
Depuis le temps des anciens;
Les dieux qui vécurent autrefois reposent dans leur pyramide,
ainsi que les nobles, glorifiés, ensevelis dans leur pyramide.
Ils se sont bâti des chapelles dont l’emplacement n’est plus.
Qu’en a-t-on fait ?
J’ai entendu les paroles d’Imhotep et de Hordjedef
Dont on rapporte partout les dires.
Où est leur tombeau ?
Leurs murs sont détruits, leur tombeau comme s’il n’avait pas été.
Nul ne vient de là-bas nous dire comment ils sont,
Nous dire de quoi ils ont besoin
Ou apaiser nos cœurs,
Jusqu’à ce que nous allions là où ils sont allés.
Réjouis ton cœur, pour que ton cœur oublie que tu seras un jour béatifié.
Suis ton cœur tant que tu vis,
Mets de la myrrhe sur ta tête,
Habille-toi de lin fin,
Oins-toi de ces vraies merveilles qui sont le partage d’un dieu;
Multiplie tes plaisirs, ne laisse pas s’atténuer ton cœur;
Suis ton cœur et les plaisirs que tu souhaites.
Fais ce que tu veux sur terre.
Ne contrains pas ton cœur.
Il viendra pour toi, ce jour des lamentations !
Le dieu au cœur tranquille n’entend pas les lamentations,
Les cris ne délivrent pas un homme de l’autre monde.
-
Fais un jour heureux, sans te lasser,
Vois, il n’y a personne qui emporte avec lui ses biens,
Vois, nul n’est revenu après s’en être allé.

— Pierre Gilbert, La Poésie égyptienne [archive], Bruxelles, Fondation égyptologique Reine Elisabeth, p. 89, 1949